Beaucoup de personnes écartent l’idée de partir avant l’âge de référence sans jamais avoir posé le calcul. Elles ont entendu dire que la rente serait amputée, que ce serait compliqué, qu’il valait mieux tenir jusqu’au bout. Alors elles renoncent à un projet qui leur tenait à cœur, sur la foi d’une intuition.
C’est dommage, parce que la retraite anticipée est parfaitement accessible en Suisse. Le système la prévoit, il l’organise, et il offre même une souplesse que presque personne n’exploite.
Oui, partir plus tôt a un coût. Ce coût est connu, il se chiffre à la décimale près, et surtout il se prépare. Voici les chiffres officiels, puis les leviers qui permettent de combler l’écart.
À partir de quel âge pouvez-vous partir ?
L’âge de référence est fixé à 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il est relevé progressivement de trois mois par année depuis le 1er janvier 2025 : 64 ans et 6 mois pour celles nées en 1962, 64 ans et 9 mois pour celles nées en 1963, puis 65 ans pour celles nées en 1964 et après.
Concernant l’AVS, vous pouvez anticiper le versement de votre rente dès le premier jour du mois qui suit votre 63e anniversaire. Les femmes nées entre 1961 et 1969 conservent la possibilité de partir dès 62 ans, avec des taux de réduction spécifiques plus avantageux.
Du côté du 2e pilier, la règle ne vient pas de la loi mais de votre caisse de pension. Beaucoup autorisent un départ plusieurs années avant l’âge de référence, mais les conditions varient d’une institution à l’autre : votre règlement de prévoyance est le seul document qui fasse foi.
Ce que coûte réellement l’anticipation
Autant poser les chiffres tout de suite, ils sont publics et il vaut mieux les connaître.
La réduction de la rente AVS est calculée selon des principes actuariels et s’applique à vie. Six mois d’anticipation entraînent une réduction de 3,4 pour cent. Un an, 6,8 pour cent. Un an et demi, 10,2 pour cent. Deux ans, 13,6 pour cent.
Sur une rente mensuelle de 2 000 francs, anticiper de deux ans la ramène donc à 1 728 francs. Mais le calcul ne s’arrête pas là, et c’est précisément ce que la plupart des gens oublient : pendant ces deux années d’avance, vous percevez environ 41 500 francs que vous n’auriez jamais touchés en attendant. Cette avance compense le manque à gagner pendant une bonne douzaine d’années.
Autrement dit, l’anticipation n’est pas une perte sèche. C’est un échange : vous acceptez une rente plus faible en contrepartie de deux années de retraite supplémentaires, en bonne santé, au moment où vous êtes encore en état d’en profiter. Formulé ainsi, l’arbitrage n’a plus rien d’évident dans un sens ou dans l’autre.
Et surtout, cet écart n’est pas une fatalité. Il se comble.
Les quatre leviers pour partir plus tôt sans perdre au change
C’est ici que se joue la vraie différence entre une préretraite subie et une préretraite préparée.
L’anticipation partielle, la souplesse méconnue
Peu de personnes le savent : l’anticipation AVS n’est pas une décision tout ou rien. Vous pouvez anticiper entre 20 et 80 pour cent de votre rente seulement, et percevoir le solde à l’âge de référence. La part non anticipée ne subit aucune réduction.
Cette souplesse ouvre une possibilité très concrète : réduire votre activité à 50 ou 60 pour cent dès 63 ans, compléter avec une part de rente anticipée, et ne toucher le reste qu’à l’âge de référence. Vous levez le pied sans arrêter net, et le coût est divisé d’autant.
Vous pouvez également augmenter une fois la part anticipée en cours de route, si votre situation évolue.
Le rachat d’années dans votre caisse de pension
Les rachats LPP présentent un double avantage quand un départ anticipé se profile : ils augmentent le capital qui servira à calculer votre rente, et ils sont déductibles de votre revenu imposable l’année où vous les effectuez.
L’effet est d’autant plus intéressant que votre revenu est élevé, ce qui est souvent le cas en fin de carrière. Échelonner plusieurs rachats sur les années qui précèdent le départ permet en outre de lisser l’économie fiscale. Certaines caisses proposent même des rachats spécifiquement destinés à compenser une retraite anticipée.
Le 3e pilier constitué en amont
Un 3e pilier alimenté régulièrement joue exactement le rôle qu’il faut ici : il fournit un capital ou une rente disponible au moment du départ, sans dépendre de l’AVS ni de la caisse de pension. Le pilier 3a est déductible fiscalement chaque année, le pilier 3b offre davantage de souplesse sur les conditions de retrait.
Plus il est mis en place tôt, plus il compense confortablement. C’est le levier le plus simple, et celui qu’on regrette de ne pas avoir activé plus tôt.
La rente pont AVS de votre caisse
De nombreuses institutions de prévoyance proposent une rente pont, versée entre votre départ effectif et l’âge de référence, afin de compenser l’AVS que vous ne touchez pas encore. Les conditions varient beaucoup : certaines caisses la financent entièrement, d’autres la déduisent ensuite de votre rente.
Demandez à votre caisse une simulation chiffrée à deux ou trois âges de départ différents. C’est gratuit, et c’est le document qui vous dira la vérité sur votre marge de manœuvre réelle. Cette démarche s’inscrit naturellement dans une planification retraite construite plusieurs années à l’avance.
Deux points de vigilance à connaître
Un projet bien préparé suppose de connaître aussi les contraintes.
Pendant la période d’anticipation, vous restez soumis à l’obligation de cotiser à l’AVS. Si vous n’exercez plus d’activité lucrative, vous cotisez alors en tant que personne sans activité lucrative, et la franchise dont bénéficient les retraités actifs ne s’applique pas. Ce poste doit figurer dans votre budget.
Second point, qui concerne spécifiquement les femmes nées entre 1961 et 1969. Cette génération transitoire a droit à un supplément de rente à vie, en compensation du relèvement de l’âge de référence. Mais ce supplément n’est versé qu’à celles qui perçoivent leur rente à l’âge de référence ou après : l’anticipation le fait disparaître. En contrepartie, ces femmes bénéficient de taux de réduction plus favorables. L’arbitrage devient technique et se joue à quelques milliers de francs, ce qui rend le calcul personnalisé indispensable. Notre article sur AVS 21 et la retraite des femmes détaille le fonctionnement de ce supplément.
Questions fréquentes sur le préretraite
Faut-il vraiment renoncer à partir plus tôt ?
Non. La question n’est pas de savoir si c’est possible, mais de savoir combien il manque et comment le combler. Avec une préparation de quelques années, l’écart se réduit souvent fortement.
Peut-on revenir en arrière après avoir anticipé sa rente ?
Non, la décision est définitive, sauf cas très particuliers liés à l’octroi d’une rente d’invalidité. Vous pouvez en revanche augmenter une seule fois la part anticipée.
Quand faut-il déposer la demande ?
Trois à quatre mois avant la date souhaitée. Aucune demande rétroactive n’est acceptée.
Peut-on continuer à travailler tout en anticipant sa rente ?
Oui, et c’est souvent la formule la plus avantageuse grâce à l’anticipation partielle. Les cotisations que vous versez alors sont prises en compte dans le calcul de votre rente définitive.
Et si je préfère partir plus tard ?
L’ajournement existe aussi : de un à cinq ans, avec une rente majorée de 5,2 pour cent après un an, 10,8 pour cent après deux ans, et jusqu’à 31,5 pour cent après cinq ans.
Peut-on anticiper sa rente AVS en vivant à l'étranger ?
Oui, mais vous n’êtes alors pas soumis à l’assurance obligatoire et ne pouvez donc pas cotiser, sauf adhésion à l’assurance facultative. Vous n’avez pas non plus droit aux prestations complémentaires.
























